Ouverte aux vents d'outre-colère, d'outre-horizon et d'outre-nuit, la porte qui donne sur la mer

laisse entrer un flot d'infini festonné d'une écume amère.

Chargé d'étoiles et de varechs, plein de coquillages et d'oiseaux, il donne passage à un navire qui

s'échoue au pied de mon lit.

 

Il descend d'une passerelle une femme abritée d'une ombrelle suivie d'un enfant en vareuse et un homme

une pipe à la main. Puis viennent un lion en majesté suivi d'un ours mal léché tiré par un rayon de miel

que portent un dresseur et un nain.

Au sable de ma descente de lit chacun s'installe sur cette plage et le ciel de ma chambre s'emplit

de mouettes comme passent quelques nuages sous le chaud soleil de midi.

 

Mais le reflux de la marée, brusquement soulève mon lit qui sur une vague s'en va par la porte restée

entrouverte et m'emporte loin de ce rivage, parmi l'abîme de la nuit serré de prés d'un crustacé qui

s'est glissé sous l'oreiller.